Une ouverture pour soulager la douleur

Si les professionnels de la santé devaient écrire leur histoire, les rayonnages des bibliothèques ne suffiraient probablement pas pour stocker tant d’humanisme thésaurisé dans les hôpitaux et centres de santé. A fortiori s’agissant de médecins qui se consacrent à accompagner les personnes dans les dernières étapes de leur vie…

Témoignages personnels
Opus Dei - Une ouverture pour soulager la douleur Angel Jimenez est médecin oncologue et sa consultation est un recueil d’expériences intenses de la fin de vie.

Angel Jimenez est médecin oncologue et sa consultation est un recueil d’expériences intenses de la fin de vie.
Il conjugue science et conscience médicale pour essayer de soulager la douleur de ses patients. Avec réalisme et espérance, il mise sur le professionnalisme et la miséricorde pour que le mystère de la douleur « humanise », rende plus humain et, dans certains cas, rapproche de Dieu. Le Docteur Jimenez a vu beaucoup de trains sortir du tunnel, pendant sa vie professionnelle. Fort de son bagage scientifique et médical, ainsi que de son intérêt marqué pour la philosophie et l’anthropologie, cultivées depuis son adolescence, il revient sur son expérience : science, humanisme, soins en fin de vie, mort, foi, accompagnement, douleur, souffrance… Voici quelques réflexions sorties de sa trousse de «derniers secours», toujours intéressantes pour un patient, pour un médecin et pour tout le monde.

Angel Jimenez est "parti et revenu". Dès qu’il put raisonner, les questions, les doutes, les certitudes ainsi que les inquiétudes se mélangeaient dans sa tête. Il choisit de faire médecine « comme le meilleur chemin pour m’approcher de l’homme et de la maladie et participer ainsi au processus de guérison ».

L’homme, à 100%

Depuis ces années de faculté, beaucoup de personnes malades ont confirmé cette vocation à soigner qui est la sienne. De fait, entre le médecin et ses patients se créé une symbiose d’expériences, de découvertes, de façons de comprendre le monde, la maladie… La découverte de « la dimension ontologique de l’homme et la dimension métaphysique du monde » a aidé le médecin. En effet, selon lui, on comprend mieux la personne malade si l’on a une idée plus profonde de ce qu’est la personne. Avoir appris à se mettre à la place de l’autre fortifie la relation médecin-patient. Le fait pour le patient de se sentir compris améliore énormément la relation médicale. Parce que la Médecine est une science, mais pas seulement de la chimie.

Le docteur Jimenez est partisan d’une relation médecin-patient qui demande de s’impliquer dans la souffrance. Cette attitude «passe la facture» et le médecin en fait les frais.

Chaque patient, chaque journée et chaque circonstance supposent un défi particulier. Angel a essayé de mettre en pratique la devise de Saint Paul : « rire avec ceux qui rient, et pleurer avec ceux qui pleurent. » Une phrase émouvante et très humaine. « Je pense qu’il faut écouter le malade et se mettre à sa place. Dresser une barrière par peur de s’impliquer n’est pas la bonne attitude, bien que la culture actuelle facilite cette option défensive ». Quant à lui, il est plutôt partisan d’une relation médecin-patient qui demande de s’impliquer dans la souffrance. Cette attitude « passe la facture » : le médecin en fait les frais, « même si nous savons que la Médecine, n’étant pas une science exacte, n’est pas jugée légalement sur les résultats mais seulement sur l’intention, les fins recherchées et les moyens ».

Dignité universelle

Grâce à sa propre biographie, Angel Jimenez a découvert qu’ « une cosmovision matérialiste s’accompagne habituellement d’un concept de dignité ‘circonstancielle’. Plus la qualité de vie est mauvaise, moins il vaut la peine de vivre, selon ce point de vue matérialiste. Dans cette optique, la dignité dépend des circonstances. Ces circonstances se répercutent sur la dignité du malade et la mort est vue comme une libération. La cosmovision chrétienne conçoit la dignité comme une donnée ontologique. En d’autres termes : tous les hommes ont la même dignité, indépendamment de leur race, sexe, religion, handicap, maladie, etc… C’est le fondement des droits de l’homme. Aucune circonstance ne justifie son élimination. Cela reviendrait à la « politique du rejet » dont parle le Pape François.

La cosmovision chrétienne conçoit la dignité comme une donnée ontologique.

Sa formation professionnelle et son contact direct avec la souffrance n’ont pas empêché le médecin de voir dans la douleur une dimension transcendante, ainsi qu’une bonne dose de mystère. C’est le cadeau d’un patient, dans les années 1980, qui l’a aidé à comprendre le sens de la souffrance : la Lettre apostolique « Salvifici doloris », de saint Jean-Paul II. « On ne donne que ce que l’on a. Dès son plus jeune âge, Karol Wojtyla a connu la souffrance, la douleur, qui l’ont accompagné jusqu’à sa mort. C’est pourquoi il put écrire cette lettre ».

Science, humanisme et transcendance

La clé se trouve dans l'intégration de la compétence professionnelle, la perfection dans les relations humaines et le sens de la transcendance de l'acte médical

En consultation, l’alliance de la compétence professionnelle, du savoir faire dans les relations humaines et du sens de la transcendance de l’acte médical aide le médecin. En effet, les trois aspects sont importants et, réunis, ils contribuent à soulager la souffrance des patients.

Plus la souffrance est grande, plus elle nous approche de la "falaise" des grandes questions, y compris de celles qui renvoient à la transcendance de l’homme.

Angel Jimenez tire une conclusion générale au sujet du mystère de la douleur, à partir de son expérience professionnelle : « Généralement, la souffrance humanise ». Et il explique : « J’ai vécu des cas où des personnes ont changé leur système de valeurs après un malheur. Ce qui leur paraissait « structurel », fondamental, et n’était en fait que superficiel, ne les satisfaisait plus. Plus la souffrance est grande, plus elle nous approche de la "falaise" des grandes questions, y compris de celles qui renvoient à la transcendance de l’homme.

Quant à l’ouverture à la foi des personnes qui souffrent, le docteur Jimenez constate que «chaque personne est un monde». Ce dont il a l’expérience, c’est que « à travers le travail professionnel lui-même, le temps consacré et l’attention portée aux patients, ceux-ci arrivent à sentir que ton comportement s’appuie sur quelque chose de vrai. Ils sentent qu’ils ont du prix et qu’ils sont appréciés à tes yeux et ce geste leur va droit au cœur. C’est pourquoi, au fond, et quelquefois très au fond, j’oserais dire que la souffrance finit par approcher la personne de Dieu ». Et il ajoute, avec une bonne dose de réalisme : « Il faut reconnaître aussi que dans certains cas la souffrance conduit au désespoir, à la question qui reste sans réponse : pourquoi cela m’arrive-t-il à moi ?, à la révolte la plus violente. Face à ces attitudes, la bonne réponse semble être le silence respectueux, tout au moins dans un premier temps.