Sept clins d'oeil à Saint Joseph - (n.6)

Dans son atelier, Saint Joseph travaille à la Rédemption.

Saint Joseph

6. La souricière de l'atelier.

L'atelier de Joseph : Robert Campin (école flamande, vers 1400), New York.

Saint Joseph, par la révélation d'un ange, a pris connaissance du mystère rédempteur et de son rôle dans le plan de salut. Marie, sous l'action miraculeuse du Saint-Esprit, a engendré « un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Matthieu 1, 21). Comme tant de justes en Israël après maintes tribulations, Joseph attendait la délivrance définitive du péché, la consolation du peuple élu.

Petit à petit, Joseph a approfondi la mission de Jésus ; sans connaître l'événement du Calvaire, le Patriarche de la nouvelle alliance a perçu, à travers les prophéties bibliques, que Jésus porterait les péchés du monde et remporterait la victoire sur Satan.

Joseph n'a pas vu le bois de la croix rédemptrice, mais pendant longtemps il a travaillé sur la même matière. Il a transporté des poutres lourdes, assemblé des planches, manié clous, clavettes et chevilles. Il a pu voir un certain nombre de suppliciés à son époque. Sans le savoir, il était familier du futur autel choisi pour la grande expiation.

Selon saint Augustin, l'humilité de la vie cachée, ainsi que celle de la croix du Seigneur a été « la souricière du diable » : un piège pour neutraliser l'ennemi qui, « en attrapant sa chair, a été vaincu » (sermon 265-D §5). En effet la mort sur la croix comporte une profonde humiliation. Le diable, avide de mort, a ourdi sa stratégie : si Jésus était anéanti, il n'y aurait pas de salut...

Mais le Prêtre Souverain a accepté le défi, sans reculer devant la haine meurtrière ; il a vaincu par l'amour qui délivre. En acceptant la mort sur la croix, Jésus déjouait le stratagème infernal : sa mort a été le prix du rachat et la porte du triomphe. L'amour a été plus fort que l'enfer. La croix, le piège de la haine.

Robert Campin, fin peintre flamand (début du XVe siècle), montre Joseph au travail à l'atelier de Nazareth, dans le panneau droit d'un petit triptyque conçu comme retable ; il est exposé au Metropolitan Museum de New York.

Sur le plan de travail et encore sur l'embrasure de la fenêtre, le peintre a placé deux souricières, en allusion à la métaphore augustinienne. Joseph prépare le piège. Comme fidèle précurseur, il lui a été donné, tel que le rappelait Jean-Paul II en reprenant la tradition de « participer à l'économie du salut » (Exhortation Le Gardien du Rédempteur §1).