LA FAMILLE, LE LIEU IDEAL POUR LA PROMOTION DE LA VIE

Conférence prononcée le samedi 7 mai 2016 par Mgr Sanchez-Casas, Vicaire Régional de l’Opus Dei en Côte d’Ivoire, à l’invitation d’un groupe de jeunes couples qui se réunissent souvent pour partager leurs expériences sur des questions d’actualité qui concernent la famille.

Initiatives apostoliques

Je suis heureux de me retrouver de nouveau parmi pour partager avec vous certaines réflexions sur un sujet qui nous est très cher à nous tous, mais surtout qui est d’une importance capitale pour l’avenir de l’homme et de la société : la famille et la vie. Ce thème vous l’avez envisagé sous le titre. La famille, le lieu idéal pour la promotion de la vie.

Il s’agit d’un sujet d’une actualité permanente. Mais, ces jours-ci, il l’est encore plus, avec la promulgation de l’exhortation apostolique post-synodale du Pape François sur la famille, Amoris laetitia, La joie de l’amour.

Même si ce document en tant que tel, ne fera pas l’objet de cet exposé, nous aurons l’occasion d’en parler et de nous référer souvent à ce que le Pape écrit dans son exhortation.

Le sujet à développer est très vaste. J’ai cherché à l’articuler autour de quatre questions auxquelles je vais essayer d’y répondre.

La famille, le lieu idéal pour la promotion de la vie.

  • Une première question s’impose : promouvoir la vie, mais quelle idée avons-nous de la vie ? Quel genre de vie la famille doit elle promouvoir ? La question n’est pas du tout superflue, et surtout aujourd’hui. La réponse qui devrait être évidente, dans les circonstances actuelles, elle ne l’est pas tellement pour tous.
  • La vie est un don qui, avant tout et surtout, Dieu a confié à la famille. Mais, nous pouvons aussi nous demander : pourquoi la famille ? D’autres instances voudraient s’ériger en alternatives au même titre que la famille.
  • La vie humaine est un don. On sait qu’un don n’est pas conçu pour être imposé, mais offert, sous peine de perdre son caractère de don, ou tout au moins, de ne plus être perçu comme tel. Alors, une troisième question vient à l’esprit : est-ce toujours ainsi, et surtout, comment le don de la vie doit-il être accueilli ?
  • La famille doit faire la promotion de la vie. Quel sens donner à ce mot ? Quels sont les éléments plus importants de cette promotion ? Quelles sont les difficultés les plus significatives auxquelles il faut faire face ? Comment s’y prendre ?

Autant de questions auxquelles nous allons essayer de donner une réponse en vue de fortifier nos convictions et aussi de venir en aide aux multiples actions où nous sommes tous fermement engagés.

PREMIER POINT

Promouvoir la vie, mais quelle idée avons-nous ou nous faisons-nous de la vie ? Quel genre de vie nous devons promouvoir ?

Je disais que la question n’était pas superflue ; loin de là. La diversité des réponses, très souvent contradictoires, montre le sérieux du problème et la nécessité d’une réflexion profonde et sereine, même si elle doit être nécessairement brève.

Tous les hommes sont d’accord sur un principe : la vie nous est très chère. Même le suicide qui en est la négation en témoigne. La personne qui se donne elle-même la mort, attend de la vie ce qu’elle à son avis, ne lui donne pas, et préfère la perdre, ou bien par fanatisme, l’homme considère que le suicide est l’offrande la plus haute qu’il peut faire pour servir une cause déterminée.

L’idée que nous avons de la vie est en rapport direct avec l’idée que nous avons de l’homme, de son origine, de sa condition et de sa destinée.

L’idée que nous avons de la vie est en rapport direct avec l’idée que nous avons de l’homme, de son origine, de sa condition et de sa destinée. L’homme est un être composé de corps et d’esprit. L’unité de ces deux réalités est plénière, sans fissures d’un point de vue ontologique, existentiel. Mais, à la fois, nous tous nous savons combien il est facile de ne pas percevoir cette unité, de les opposer, et même d’agir dans le sens de sa destruction, etc. Pensons par exemple au culte rendu aujourd’hui au corps comme s’il était l’essentiel de la personne, et non pas le langage de quelque chose de plus élevé : l’âme. Pensons à une sexualité qui n’est qu’un repli sur elle-même, sans aucune considération à la dignité de la personne. Pensons aussi à ceux qui méprisent le corps comme s’il était quelque chose d’impur, un obstacle à l’épanouissement de l’esprit.

C’est donc la perspective que l’on adopte sur l’homme qui va nous situer face à la vie pour la promouvoir ou pour la détruire.

A titre d’exemple et sans entrer dans les détails. Une vision matérialiste de l’homme, jugera de la valeur et de l’importance de la vie en fonction de ce que l’homme peut obtenir comme confort, jouissance de biens matériels, etc. Nous pouvons dire de même, d’une vision positiviste de l’homme qui nie sa transcendance ; d’une vision purement utilitariste ; d’une vision exclusivement spiritualiste, etc.

Faisons un autre constat. Il y a aujourd’hui un terme qui est devenu critère pour mesurer la valeur de la vie : le mot qualité. Son ambiguïté appliquée à la vie humaine saute aux yeux. Peut-on soumettre la vie humaine à une analyse de qualité comme un produit que l’homme pourrait apprécier pour voir dans quelle mesure ce produit satisfait ou pas la demande et les exigences du marché ? On se rend compte tout de suite de l’absurdité d’une telle affirmation. La vie de l’homme ne peut pas être jugée en fonction d’une soi-disant qualité, qui la réduirait à un pur objet prêt à être manipulé par l’homme. Sa valeur intrinsèque s’insurge avec force face à une telle idée.

Donc, à la question quel genre de vie nous devons promouvoir, nous pouvons apporter la réponse suivante : celle qui correspond à la vérité sur l’homme comme créature que Dieu a voulue pour elle-même et qui est vouée à une destinée éternelle.

Cette vérité nous pouvons la décomposer dans les aspects suivants pour mieux saisir sa portée et les conséquences que nous devons en tirer, au fil des considérations faites par saint Jean Paul II dans le chapitre II de l’encyclique Evangelium vitae :

  • La vie est toujours un bien. C'est là une intuition et même une donnée d'expérience dont l'homme est appelé à saisir la raison profonde.
  • La vie que Dieu donne à l'homme est bien plus qu'une existence dans le temps. C'est une tension vers une plénitude de vie; c'est le germe d'une existence qui va au-delà des limites mêmes du temps.
  • Dans la vie de l'homme, l'image de Dieu resplendit à nouveau et se manifeste dans toute sa plénitude avec la venue du Fils de Dieu dans la chair humaine.
  • L'homme est appelé à une plénitude de vie qui va bien au-delà des dimensions de son existence sur terre, puisqu'elle est la participation à la vie même de Dieu.
  • La profondeur de cette vocation surnaturelle révèle la grandeur et le prix de la vie humaine, même dans sa phase temporelle.
  • En même temps, cette vocation surnaturelle souligne le caractère relatif de la vie terrestre de l'homme et de la femme. En vérité, celle-ci est une réalité qui n'est pas « dernière », mais « avant-dernière ».

DEUXIEME POINT

De ce que nous venons de dire, il ressort clairement que la vie est un don de Dieu. Un don que Dieu a confié à la famille, comme son lieu idéal. Essayons d’approfondir un peu cette vérité. Pourquoi la famille ?

Répondre pleinement à cette question nous emmènerait très loin, finalement à traiter de toute la réalité de la famille : origine, nature, but, etc.

Je vais me limiter à ce qui intéresse plus directement à notre thème. Un raisonnement simple nous aidera à comprendre facilement, le pourquoi de cette affirmation : la famille, le lieu par excellence pour accueillir la vie et la promouvoir.

Quel est l’origine de la vie : l’amour créateur de Dieu. Il s’agit d’une affirmation capitale qui constitue la raison d’être et la norme suprême de tout ce qui existe, et à un titre unique de la vie de l’homme.

« Dieu est amour et il vit en lui-même un mystère de communion personnelle d’amour. En créant l’humanité de l’homme et de la femme à son image et en la conservant continuellement dans l’être, Dieu inscrit en elle la vocation, et donc la capacité et la responsabilité correspondantes, à l’amour et à la communion. » (Saint Jean-Paul II, Exhortation apostolique Familiaris consortio, n. 11).

La vocation originaire de l’homme est donc d’aimer. Dans le dessein de Dieu quelle est l’expression de cet amour ? La réponse nous la trouvons dans le récit de la création « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu, il le créa, homme et femme il les créa ». » Genèse, 1 ,27. Texte à compléter avec le verset Genèse, 2, 24 : « C’est pourquoi l’homme abandonnera son père et sa mère et il s’unira à sa femme et les deux seront une seule chair ». C’est-à-dire: l’amour conjugal. Dans cet amour, puisque l’homme est composé de corps et d’esprit, l’amour embrasse aussi le corps humain et le corps est rendu participant de l’amour spirituel (ibidem.)

Le mariage est la première expression de la vocation de l’homme à l’amour, après l’amour de Dieu, dans le projet de la création.

Le mariage est donc la première expression de la vocation de l’homme à l’amour, après l’amour de Dieu, dans le projet de la création. C’est cet amour qui est à la base de la famille. Non pas que l’amour donne naissance au mariage, c’est le consentement qui le fait. Mais, ce consentement entre un homme et une femme qui fait des deux une seule chair, n’est à la hauteur de la valeur incomparable de la personne humaine que s’il est donné par amour et pour aimer.

Dieu ne pouvait confier la vie qu’à cet amour, image de son Amour infini. Mais Dieu est allé plus loin. L’amour conjugal ne serait vraiment pas l’image de l’Amour de Dieu, s’il n’était pas aussi, d’une certaine manière, créateur ; pas comme pouvoir propre, mais comme participation au pouvoir créateur de Dieu. Participation qui aura les deux éléments constitutifs de la nature de l’homme: physique et spirituel.

C’est dans la famille que la vie trouve sa source, qu’elle trouve le cadre qui répond et à sa dignité et à sa destinée.

C’est donc dans la famille que la vie trouve sa source, qu’elle trouve le cadre qui répond et à sa dignité et à sa destinée. Institution dotée, par ailleurs, comme une exigence qui découle de sa nature même, de deux propriétés essentielles qui assurent, parmi d’autres réalités du mariage, le caractère sacré de la vie, le respect qu’elle mérite, et sa pleine réalisation ici et dans la vie éternelle. Ces deux propriétés sont : l’unité et l’indissolubilité. Ce ne sont pas deux contraintes, mais deux phares qui permettent à l’amour de parcourir en toute sécurité la voie qu’il s’est tracé et de porter tous les fruits qu’il attend.

Le Christ a comme récréé le mariage pour lui donner une nouvelle dimension et une nouvelle signification qui le situe encore plus haut dans les desseins infiniment aimants de Dieu envers les hommes, puisqu’il en a fait un Sacrement de la Nouvelle Alliance.

La famille est le lieu naturel de la vie, et tous les devoirs et les droits qui découlent de cette vérité sont toujours antérieurs à n’importe quelle prétention d’intervention sur la famille, d’où qu’elle vienne et quelle que soit sa nature.

Nous pouvons finir ce deuxième point avec cette affirmation catégorique. La famille est le lieu naturel de la vie, et tous les devoirs et les droits qui découlent de cette vérité sont toujours antérieurs à n’importe quelle prétention d’intervention sur la famille, d’où qu’elle vienne et quelle que soit sa nature.

Il n’y a donc aucune institution humaine qui puisse se substituer à la famille. Toute intervention dans ce domaine aura toujours un caractère subsidiaire de la famille et à son service. Ici, nous ne parlons pas d’une vérité exclusivement chrétienne, même si elle l’est, mais d’une vérité naturelle qui est accessible à la raison, lorsqu’elle est exercée avec droiture et honnêteté.

TROISIEME POINT

Nous devons aborder maintenant l’accueil dans la famille de ce don inestimable qu’est la vie. La vie ne perd jamais son caractère de don. Et la raison en est évidente : il s’agit de la vie d’une personne, image de Dieu, dotée d’une âme immortelle et appelée à contempler Dieu éternellement.

Un don par sa nature même de don ne peut pas être considéré comme une imposition, mais toujours comme offert, comme une offrande. Si un don est perçu comme imposé ce n’est pas parce que le don a cessé de l’être, mais parce que celui à qui le don est destiné a perdu la capacité de l’apprécier.

Un fait malheureusement fréquent le montre. Pensons à ce qu’on appelle une grossesse non désirée. La personne ne perçoit pas la vie comme un don, mais comme une sorte d’imposition, de poids qui lui est tombé dessus, et alors cette nouvelle vie est regardée avec méfiance, elle est rejetée, voire supprimée. Mais, est-ce que cette vie a perdu son caractère de don ? Est-ce que de par son origine, ses caractéristiques elle est devenue une imposition ? Il est clair que non. Tout simplement, ce don ne reçoit pas l’accueil qu’il mérite de plein droit, car le regard sur lui est obscurci par des faits étrangers au don lui-même.

Ceci dit, nous devons nous demander : comment la famille, comme lieu idéal qu’elle est, doit accueillir ce don?

Ici, nous pouvons reprendre ce que le Catéchisme de l’Église Catholique nous rappelle : L’enfant n’est pas un dû, mais un don. Le " don le plus excellent du mariage " est une personne humaine. L’enfant ne peut être considéré comme un objet de propriété, ce à quoi conduirait la reconnaissance d’un prétendu " droit à l’enfant ". En ce domaine, seul l’enfant possède de véritables droits : celui " d’être le fruit de l’acte spécifique de l’amour conjugal de ses parents, et aussi le droit d’être respecté comme personne dès le moment de sa conception " (CEC 2378).

L’enfant doit être accueilli comme le don le plus précieux du mariage, et donc le bien le plus précieux de la famille et de la société.

De cette considération du Catéchisme de l’Église Catholique, je voudrais retenir seulement ceci : l’enfant doit être accueilli comme le don le plus précieux du mariage, et donc le bien le plus précieux de la famille et de la société.

La mentalité d’aujourd’hui, dans une très grande majorité, ne perçoit pas l’enfant comme un don véritable. Non pas que l’on refuserait toujours à l’enfant ce caractère de don, non. Mais parce que dans la pratique, facilement d’autres considérations viennent prendre peu à peu le dessus et finissent pour obscurcir, voire nier, ce caractère : l’opportunité, les conséquences apparemment négatives sur les époux, l’invasion de la technologie dans la procréation, les injustices à l`égard de la famille, les lois injustes, etc.

Dans l’exhortation apostolique La joie de l’amour, le Pape François aborde un problème qui manifeste cette profonde contradiction où la famille et la société peuvent facilement tomber. Pensons « aux familles des personnes frappées par un handicap qui surgit dans la vie, qui engendre un défi, profond et inattendu, et bouleverse les équilibres, les désirs et les attentes [...] » (Pape François, Exhortation apostolique Amoris lætitia, n. 47). Ces vies, sont-elles accueillies dans la logique du don ? Très souvent non, malheureusement.

L’accueil de la vie est fondamental. C’est le premier pas de la voie de l’amour que les parents doivent parcourir, le roc sur lequel ils doivent bâtir une nouvelle mission auprès de cette nouvelle vie. Et pour l’enfant, c’est la première manifestation de l’amour que l’on ressent pour lui et l’appui le plus ferme qu’il trouve pour sa démarche personnelle, à lui, déjà présente dès les premiers pas de sa nouvelle vie.

Cet accueil doit toujours être reconnaissant, sincère, enthousiaste et porteur d’espérance. C’est la bonne nouvelle de l’Evangile, puisque cette vie a été rachetée par le Christ, et aussi, appelée par Lui à devenir la demeure même de Dieu. Rappelons-nous de ces mots de Notre Seigneur : La femme, lorsqu'elle enfante, est dans la souffrance parce que son heure est venue. Mais lorsqu'elle a donné le jour à l'enfant, elle ne se souvient plus de ses douleurs, dans la joie qu'elle a de ce qu'un homme est né dans le monde. (Jean, 16,20).

Cela ne signifie pas que cet accueil ne sera jamais marqué par la croix et par la douleur, voire même par la peur et l’angoisse. Mais, si cela arrivait, ne voyons pas une raison pour tourne le dos à la vie, mais pour la choisir avec encore plus d’amour et de foi. L’homme peut et doit se dépasser lui-même. L’Eglise n’est pas dure ou irréaliste, mais Elle croit en l’homme, mais pas dans n’importe lequel homme, mais dans l’homme racheté par le Christ, dans l’homme devenu enfants de Dieu.

Retenons cette affirmation du Pape François : « la famille est le lieu non seulement de la procréation mais aussi celui de l’accueil de la vie qui arrive comme don de Dieu. Chaque nouvelle vie « nous permet de découvrir la dimension la plus gratuite de l’amour, qui ne cesse jamais de nous surprendre. C’est la beauté d’être aimé avant : les enfants sont aimés avant d’arriver ». (Pape François, Exhortation apostolique Amoris lætitia, n. 166).

L’amour est fécond de par sa nature même. Au point qu’il faut lui faire violence pour que cette fécondité ne se manifeste pas. L’amour est ouverture à la vie des enfants et des époux eux-mêmes, il est offrande, partage, communion et communication, pardon et compréhension. L’amour est don gratuit et sans conditions. Il est ouverture à la vie aussi bien lorsque cette vie est donnée par Dieu que lorsque Dieu ne donne pas des enfants. Ces couples qui vivent une situation douloureuse doivent savoir que leur amour rayonne d’une fécondité qui dépasse ce qu’eux-mêmes désirent ardemment. L’amour est ouverture à la vie lorsque le temps a déjà tarit la source de la conception de la vie pour laisser apparaître avec encore plus d’intensité la plus profonde dimension de l’amour, celle que le temps ne fait qu’augmenter : un don de soi encore plus grand et plus riche.

QUATRIEME POINT

Nous abordons le dernier point : la famille doit faire la promotion de la vie. Elle en est le lieu idéal.

Si nous acceptons vraiment à toutes les considérations que nous venons de faire, il est facile à comprendre que la famille est appelée à faire la promotion de la vie et à adhérer pleinement à cette mission si passionnante. D’une certaine manière, nous avons déjà dit l’essentiel sur cette promotion et sur ses aspects les plus significatifs. Nous devons néanmoins développer davantage ce point.

Faire la promotion de la vie. Qu’est-ce cela veut dire ? Nous pouvons voir deux sens dans ce mot. Premièrement, faire la promotion de quelque chose signifie faire en sorte que cette chose -pensons à un produit, un livre, etc.- soit valorisée, apprécié dans sa juste valeur.

Il y a un deuxième sens voisin de celui-ci, mais qui souligne un autre aspect de la portée de ce mot. Faire la promotion signifie aussi, mettre quelque chose dans les conditions idéales de tirer le meilleur d’elle-même. Une personne qui ne connaît aucune promotion se sent frustrée. Pourquoi ? Parce que elle ne se sente pas valorisée, parce qu’elle ne peut pas donner le meilleur d’elle-même, elle voit ses énergies et ses capacités gaspillées. On sait combien cette situation est injuste et déchirante pour une personne.

Faire la promotion de la vie dans le premier sens, signifie faire apprécier la vie, la faire aimer, susciter chez toutes les familles le désir de l’accueillir avec la plus grande joie, s’investir avec courage dans sa défense, etc. En un mot : faire en sorte que la vie soit respectée et amenée, avec la contribution de toute la famille -parents, enfants et grands-parents- à la plénitude à laquelle elle est destinée.

Voyons plus en détail ce premier sens de la promotion de la vie. Quels sont les éléments les plus significatifs de cette promotion ?

Une famille qui est consciente de son identité et de sa mission, fait la promotion de la vie en la regardant toujours comme un don d’une valeur absolue depuis la conception jusqu’à la mort.

Tout d’abord, une famille qui est consciente de son identité et de sa mission, fait la promotion de la vie en la regardant toujours comme un don d’une valeur absolue depuis la conception jusqu’à la mort. Ici nous touchons l’aspect le plus sacré de la vie, celui qui nous situe à son origine même, c’est-à-dire, tout juste “à côté” de l’action de Dieu auteur et maître suprême de la vie. « Je ne peux m’empêcher de dire -écrit le Pape- que, si la famille est le sanctuaire de la vie, le lieu où la vie est engendrée et protégée, le fait qu’elle devient le lieu où la vie est niée et détruite constitue une contradiction déchirante ». (ibidem, n. 83). Toute vie humaine porte en elle cette inscription gravée par son Créateur : je suis sacrée, Dieu seul est mon Seigneur.

La famille fait la promotion de la vie en faisant voir à travers son propre exemple, si Dieu lui accorde ce don ou par d’autres actions, que les familles nombreuses sont un don immense, tant pour la propre famille et pour l’Eglise que pour la société. Cette promotion exige conviction et générosité.

Permettez-moi de mentionner ici un livre écrit par une mère bien placée pour parler de la promotion de la vie : elle est mère de 18 enfants. Le livre s’intitule : Comment être heureux avec 1,2,3…enfants ? Son auteur, Rosa Pich. Le livre respire la vie dans toutes les pages et les principes qui se dégagent de son des vérités solides qui surgissent avec un élan irrésistible et comme taillées sur le roc d’une vie matrimoniale vécue sans le moindre compromis. Au-delà du nombre qui demeurera toujours un cas exceptionnel, c’est cette cohérence entre ce qu’on est, ce qu’on aime et ce qu’on fait qui interpelle.

Tout à l’heure, nous avons parlé de ces situations où l’amour et le respect de la vie pourrait être compromis par une vision erronée de sa valeur : c’est le cas, par ex. des enfants qui naissent avec un handicap plus ou moins grave. Lisons ce que le Pape François nous dit sur ce sujet : « La famille qui accepte, avec un regard de foi, la présence de personnes porteuses de handicap pourra reconnaître et garantir la qualité et la valeur de toute vie, avec ses besoins, ses droits et ses opportunités ». (ibidem, n. 47).

Considérons maintenant le deuxième sens du mot promotion. On pourrait le formuler ainsi : mettre la vie qui nous a été confiée dans les conditions optimales pour que cette vie tire le meilleur d’elle-même et s’épanouisse au sens le plus plénier du mot.

Comment les parents et toute la famille peuvent faire la promotion de la vie dans ce sens ? Voici la réponse : à travers l’éducation, à travers l’accompagnement actif de la vie depuis sa naissance pour que cette vie se développe harmonieusement et qu’elle déploie toutes ses potentialités tant physiques, intellectuelle et spirituelles, et cela aussi bien sur le plan individuel que sur le plan social et communautaire.

Si c’est un mal d’une gravité inouïe supprimer une vie, on peut dire que c’est aussi extrêmement grave permettre (il ne s’agit pas ici de porter un jugement sur les personnes, mais sur un fait) qu’une vie soit livrée à elle-même et ne pas l’aider à se former et parvenir à une authentique maturité. Ceci équivaudrait à mettre des enfants au monde tout simplement comme font les animaux.

Cette promotion de la vie, la famille doit la faire au sein d’elle-même et autour d’elle. Comment la famille la fait en elle-même ?

Je vous réponds avec des mots de saint Josemaria : « Les parents sont les principaux éducateurs de leurs enfants, tant sur le plan humain que sur le plan surnaturel. Ils doivent ressentir la responsabilité de cette mission, qui exige d’eux compréhension et prudence, don d’enseigner, et surtout d’aimer, et désir de donner le bon exemple. Le commandement autoritaire et brutal n’est pas une bonne méthode d’éducation. Les parents doivent plutôt chercher à devenir les amis de leurs enfants ; des amis auxquels ceux-ci confient leurs inquiétudes, qu’ils consultent sur leurs problèmes et dont ils attendent une aide efficace et aimable ». (Saint Josémaria Escrivá, Quand le Christ passe, n. 27).

La famille fait la promotion de la vie si les parents font de l’éducation de leurs enfants leur souci prioritaire, si la famille sait transmettre des valeurs qui tiennent compte de toutes les dimensions de la personne.

La famille fait la promotion de la vie si les parents font de l’éducation de leurs enfants leur souci prioritaire, si la famille sait transmettre des valeurs qui tiennent compte de toutes les dimensions de la personne. Une exigence qu’aujourd’hui se présente avec une acuité extraordinaire, car nous assistons à une perte progressive de valeurs comme conséquence d’un relativisme anthropologique et moral qui sape les fondements même de la vérité.

Transmettre de valeurs ne signifie pas se laisser entraîner dans l’éducation des enfants par un faux idéalisme qu’ignore les limites de chaque enfant, ou se livrer à une course au prestige quel qu’il soit le prix à payer ou faire dépendre nos conceptions ou nos décisions de l’ambiance ou de l’opinion des autres. N’oublions pas que la valeur la plus importante -et il faut apprendre à la transmettre avant tout à l’enfant lui-même, car cela de va pas de soi- d’un enfant, c’est l’enfant lui-même. Et ensuite, comme un fruit, tout ce que l’enfant est en mesure d’atteindre, l’idéal de vie auquel lui-même aspire. Combien de fois les parents ont en quelque sorte privilégiée le prestige par rapport à la perfection de l’enfant en lui-même, comme personne. Ils ont d’une certaine manière sacrifiée ce qu’il fallait avant tout préserver.

Faire la promotion de la vie c’est s’investir dans une éducation personnalisée où le père, la mère et les autres membres de la famille jouent chacun son rôle avec la plus grande générosité et dévouement, et aussi professionnalisme. Une éducation qui donne á la vie ses assises humaines le plus solides -les vertus humaines- qui constituent le seul terrain apte pour que l’action de la grâce et la liberté humaine parviennent à donner à cette vie une cohérence total ou le divin et l’humain s’intègrent dans une parfaite harmonie. Une éducation qui sait unir les quatre piliers de la formation : exigence, confiance, respect de la liberté et sens de la responsabilité.

Je vous conseille vivement la lecture de l’ouvrage dont je vous ai parlé tout à l’heure pour découvrir, au fil d’une expérience réelle, la force de l’amour maternel et paternel pour former et accompagner, dans le plus grand respect de leur liberté personnelle, jusqu’au sommet d’une vie capable de combler toutes les aspirations.

Cette promotion de la vie qui doit se faire tout d’abord au sein même de la propre famille et par elle, doit aussi déborder autour d’elle, en entraînent d’autres couples dans le même sillage d’amour et promotion de la vie. La préparation est indispensable, mais aussi indispensable sinon davantage est la conviction que chez tous les couples il y a une sensibilité particulière pour capter le vrai idéal de leur vie matrimoniale. Ils ont besoin de compréhension, d’accompagnement, de soutien, de modèles plus que de considérations générales, des exemples plus que de théories.

La tâche n’est pas facile. Les obstacles sont nombreux. Nous pouvons lire ce que le Pape François dit dans le deuxième chapitre : les réalités et les défis de la famille. C’est une injection de réalisme, d’optimisme et de foi.

Comment s’y prendre ? Eh bien, je me limiterai à donner de flashs :

Complexe de supériorité et formation personnelle, car nous sommes et non pas par mérite propre, dépositaire de la vérité.

Travailler en équipe et unir les forces dont nous disposons ; un fil ne peut rien supporter, mais beaucoup de fils et bien tressés, peuvent supporter de milliers de tonnes.

Créativité et esprit innovateur. Les voies à explorer sont immenses. Présence active dans les lieux de décisions et, à la fois, croire à la valeur d’un geste, d’une petite démarche, d’une action apparemment insignifiante, réalisée dans notre vie quotidienne.

Et surtout, impliquer notre foi dans l’action. Ce n’est pas une simple tâche, mais pour vous à un titre spéciale, le cœur de votre vocation matrimonial.

Il me plaît de finir avec ce texte tiré de l’exhortation La joie de l’Amour :

« Je rends grâce à Dieu du fait que beaucoup de familles, qui sont loin de se considérer comme parfaites, vivent dans l’amour, réalisent leur vocation et vont de l’avant, même si elles tombent souvent en chemin. Un stéréotype de la famille idéale ne résulte pas des réflexions synodales, mais il s’en dégage un collage qui interpelle, constitué de nombreuses réalités différentes, remplies de joies, de drames, et de rêves. Les réalités qui nous préoccupent sont des défis. Ne tombons pas dans le piège de nous épuiser en lamentations auto-défensives, au lieu de réveiller une créativité missionnaire. Dans toutes les situations « l’Église ressent la nécessité de dire une parole de vérité et d’espérance [...]. Les grandes valeurs du mariage et de la famille chrétienne correspondent à la recherche qui traverse l’existence humaine ». Si nous voyons beaucoup de difficultés, elles sont (…) un appel à « libérer en nous les énergies de l’espérance, en les traduisant en rêves prophétiques, en actions qui transforment et en imagination de la charité » (Pape François, Exhortation apostolique Amoris lætitia, n. 57).

François Sánchez-Casas