Anthropologie de la mode

Nous vous livrons ici le contenu d’une conférence donnée par Mme Clarisse Komoin, le samedi 3 mars 2012 au centre Mobaté, sis à Cocody. La conférencière nous donne un aperçu de l’historique de la mode et de la manière dont chacun doit utiliser la mode pour affirmer au mieux sa personnalité.

  Le mot « anthropologie » selon le Dictionnaire HACHETTE de la langue française, signifie l’étude de l’espèce humaine, l’étude des cultures humaines.

Parler donc d’Anthropologie de la mode revient à parler de la culture humaine de la mode, de son histoire, son évolution, ses facteurs d’influence, son influence sur l’homme, etc.

Bref, il s’agit d’avoir quelques notions de ce qu’est la mode pour pouvoir mieux l’utiliser, ne pas se laisser dominer par elle, créer son propre style, etc.

En effet, la mode est un phénomène au contact duquel nous vivons au quotidien, et qui nous influence que nous le voulions ou non.

QU’EST-CE QUE LA MODE ?

C’est un phénomène très complexe, étudié par des spécialistes de divers ordres: des historiens aux économistes, en passant par des psychologues, sociologues, etc.

La Mode, toujours selon le Dictionnaire HACHETTE de la langue française, signifie la manière changeante, selon l’époque ou le lieu, d’agir, de penser. Elle signifie également la manière de s’habiller en usage à un moment, dans un pays, un milieu ou encore l’industrie et le commerce de l’habillement.

D’autres définitions existent, mais toutes ont ces éléments en commun:

Pour qu’il y ait mode, il faut que beaucoup de personnes fassent la même chose, portent la même chose; c’est un phénomène lié à la nature sociale de l’homme

En premier lieu, l’on peut citer la généralisation. Pour qu’il y ait mode, il faut que beaucoup de personnes fassent la même chose, portent la même chose; c’est un phénomène de société, lié à la nature sociale de l’homme.

Ensuite, il faut une diffusion facile. Pour qu’il y ait généralisation, la mode doit plaire et être accessible à tous.

Cependant, la mode est changeante. Elle dure plus ou moins longtemps, mais elle est passagère, elle n’est pas faite pour durer. Coco Chanel a dit: « La mode est faite pour passer de mode ».

La mode concerne beaucoup d’aspects différents de la vie (manières d’agir, de penser, etc. quartiers, carrière universitaire, etc.), mais le terme « Mode » tout court renvoie à la mode vestimentaire, et surtout à l’habillement de la femme.

Elle fait référence à des choses récentes, à des nouveautés, à ce qui vient d’apparaître, d’être créé, d’être fabriqué.

En résumé, la mode est un processus en perpétuel mouvement, affecté par tout événement qui affecte de quelque manière la société, et milieu propice à la créativité.

QUELS SONT LES FACTEURS QUI INFLUENCENT LE CHANGEMENT ?

La vitesse de changement de la mode est de plus en plus rapide.

Les débuts de la mode remontent à ceux de l’humanité, lorsque l’homme se revêtait de peaux de bête et les agrémentait d’ornements, de symboles, etc. Les gens avaient très peu de vêtements et les conservaient pendant longtemps. La mode, dans sa conception actuelle, remonte au XVIII-XIXe siècle en Europe et, à l’époque, une mode pouvait durer entre 10 et 15 ans, le temps qu’elle se diffuse. De nos jours, la mode peut changer plusieurs fois au cours d’une même année.

Parmi les principaux facteurs qui influencent la mode, on peut citer:

Les antécédents historiques: ex. : imitation de l’habillement d’époques anciennes lors de découvertes archéologiques et historiques (style grec, style Egypte ancienne, etc.)

Les événements politiques: ex. : Révolution française en 1789 qui entraîne une simplification de l’habillement du fait de la persécution des aristocrates qui se cachaient et imitaient l’habillement du bas peuple.

Les changements sociaux: ex. : christianisation de la société qui recherche la modestie dans l’habillement (phénomène inversé actuellement avec la déchristianisation de la société et la perte des valeurs morales, qui se ressent dans l’impudicité actuelle de nombreux vêtements).

Les facteurs économiques: ex. : périodes de croissance économique qui ont comme conséquence le bien-être matériel et donc des tissus plus riches, des tenues plus ornementées, etc.

Les avancées technologiques: ex. : l’apparition de la fermeture-éclair, des matières synthétiques telles que le polyester, invention de la machine à coudre, de l’ordinateur et les créations virtuelles, etc.

Les courants artistiques : lien étroit entre la mode et l’art. Ex. : dessinateurs de mode s’inspirant d’œuvres de Picasso.

Les convictions personnelles : ex. : confessions religieuses interdisant le port de certains ornements dans l’habillement.

POUR QUOI L’INFLUENCE DE CES FACTEURS ?

Il y a diverses raisons qui expliquent cela :

Dans un premier temps, la mode est un phénomène créatif. La mode est changeante, ce qui suppose créer en permanence, avoir constamment de nouvelles idées, etc. Les dessinateurs de mode s’inspirent de la vie ordinaire. L’on peut citer l’exemple de l’épidémie de grippe aviaire en 2006 à l’origine de chansons comme celle de D.J. Lewis, dans le domaine de la musique. Les dessinateurs se servent de tout ce qui apparaît sur le marché de l’art, de la technique, etc. Il y a également la créativité de la personne qui porte ensuite le vêtement. Créativité dans le choix des accessoires, l’agencement de tout ce qu’elle porte, les occasions de le porter, les convictions personnelles, etc.

Ensuite, la mode a des répercussions économiques. L’industrie du vêtement génère beaucoup d’argent. C’est un monde très vaste qui comprend les dessinateurs de mode, les magasins de mode, la presse et les revues de mode, les agences de mannequinat, les cosmétiques et la parfumerie, l’industrie du cuir avec sacs et chaussures, la confection des tissus à partir du coton ou du lin, etc. Par ailleurs, s’habiller demande un minimum de moyens économiques.

La mode a également une dimension éthique. La façon de s’habiller a une implication morale. Le vêtement cache ou montre l’intimité corporelle. En effet, le vêtement a plusieurs rôles. Il peut servir pour se protéger des rigueurs climatiques, rehausser la beauté, etc., mais l’un de ses rôles les plus importants est de protéger l’intimité physique et psychique de la personne. L’être humain est une unité de corps et d’âme et a une intimité de ce fait, contrairement à l’animal qui, n’étant que corps, n’a pas d’intimité à préserver. La pudeur est la sauvegarde de l’intimité de la personne.

La mode est liée au respect de la dignité: celle de la personne qui porte le vêtement et celle de ceux qui la regardent

En s’habillant, on fait un choix: celui de cacher ou de dévoiler ce qui devrait être caché, celui de faire respecter sa dignité de femme ou d’être traité comme un objet de plaisir. Un auteur a écrit: « Telle la femme se présente, telle elle est traitée. » Plus on respecte la femme, plus on cache son intimité; moins on la respecte, plus on l’exhibe comme objet de plaisir, de désir. La mode est donc liée au respect de la dignité: celle de la personne qui porte le vêtement et celle de ceux qui la regardent.

POURQUOI SUIVONS-NOUS LA MODE ?

Chacun pourrait s’habiller comme il le veut, mais nous subissons une certaine pression liée au fait de vivre en société, de vivre avec d’autres personnes dont nous devons tenir compte.

Les raisons pour lesquelles nous suivons la mode sont ainsi résumées par certains auteurs: « Nous nous habillons ainsi et pas autrement, parce que nous voulons être acceptés et plaire aux autres; pour y parvenir, nous essayons de ressembler à tout le monde, et en même temps, nous cherchons à nous distinguer des autres; et nous envoyons aussi des messages sur nous-mêmes, qui nous aident à mieux nous faire connaître et apprécier. »

Ainsi, les principales raisons pour lesquelles nous suivons la mode sont les suivantes :

Le désir d’être accepté et de plaire : ce désir est lié au caractère social de l’homme. Nous avons besoin d’appartenir à un groupe, de ne pas être exclu ni rejeté, etc., bref d’être aimé. Ce besoin se traduit par le fait de chercher à être comme les autres, à ressembler à ceux du groupe.

La tendance à imiter : faire comme les autres donne généralement de l’assurance. On se dit que si les autres le font, c’est que c’est bien. En plus de nous aider à nous intégrer à un groupe, cela nous donne le sentiment d’être dans le vrai, de suivre la bonne voie.

La nécessité de se distinguer et d’affirmer sa propre individualité : on veut appartenir à un groupe, certes, mais en même temps on veut être soi-même, avoir quelque chose de différent qui nous permette d’extérioriser notre manière d’être. Un auteur a dit : « La mode est uniformisation, et en même temps, individualisation. »

La manière de nous habiller donne des informations sur nous-mêmes, les informations que nous voulons donner

La nécessité de s’exprimer et de communiquer quelque chose aux autres : la manière de nous habiller donne des informations sur nous-mêmes, les informations que nous voulons donner ; il faut donc que ces informations soient justes. Ces informations sont de divers ordres : le lieu d’origine, le groupe ethnique, l’âge, la situation sociale, la profession ou l’occupation, l’état civil, l’occasion, la religion, la personnalité, etc.

ASPECTS POSITIFS ET DÉRIVES DE LA MODE ACTUELLEMENT

La mode a beaucoup d’aspects positifs : un grand choix de vêtements, beaucoup de créativité et de liberté, un accès facile pour toutes les couches sociales (« démocratisation » de la mode), la professionnalisation de ses acteurs, des avancées technologiques de toute sorte, etc.

Mais, il y a malheureusement aussi beaucoup de dérives dans la mode, parmi lesquelles on peut citer :

La pression publicitaire, qui nous pousse à consommer, à vouloir toujours être à la dernière mode en nous présentant continuellement ce qui est à la dernière mode.

Le désir de consommation et la soif de posséder toujours plus : il y a toute une industrie dans la mode et beaucoup d’argent qui circule. Pour que cette industrie marche, il faut produire toujours plus et il faut que la population consomme toujours plus. Les industriels de mode connaissent la psychologie du consommateur et exacerbent en lui le désir d’avoir, de posséder toujours plus, de s’affirmer en ayant toujours plus de choses et des choses de marque. Le consommateur se retrouve ainsi avec des quantités de vêtements et d’accessoires largement supérieures à ses besoins réels.

Le manque de respect de la dignité de la personne, et surtout de la femme : la société est de plus en plus permissive, et cela se reflète dans la mode par la perte du sens de la pudeur. On parle de naturel, d’ouverture d’esprit, de liberté, d’art, d’audace, etc., alors qu’il s’agit d’immoralité. On chosifie la femme, on l’exhibe, on la présente comme un objet de désir et de plaisir, on la rabaisse dans sa dignité, on exhibe son intimité corporelle.

COMMENT DEVRAIT-ÊTRE LA MODE ?

Une mode correcte doit permettre à la personne et surtout à la femme d’offrir d’elle une image agréable, digne, élégante, en accord avec son âge et sa condition

Pour que la mode soit correcte et joue pleinement son rôle, elle doit permettre à la personne et surtout à la femme d’offrir d’elle une image agréable, digne, élégante, en accord avec son âge et sa condition, le lieu où elle se trouve, l’événement auquel elle participe, son propre style, et cela avec un investissement financier sobre.

La mode doit donc être :

Digne : elle doit refléter la dignité de la personne, c’est-à-dire être en accord avec les règles de la pudeur et de la modestie.

Elégante : les vêtements doivent être beaux, de bonne qualité, combinés avec goût, etc.

Intelligente : s’adapter à la personne qui l’utilise. Dans la conception et le choix d’un vêtement, il faut prendre en compte la forme, l’âge, le climat, le lieu, le type d’activité, etc., bref les caractéristiques de la personne qui va le porter.

Libre : parmi toutes les tendances offertes, chacune doit pouvoir choisir, prendre les éléments qui lui conviennent pour créer sa « propre mode », avoir son propre style.

Sobre : ne pas exagérer, avoir ce qu’il faut pour être bien habillée et en accord avec son statut social. Etre belle et élégante ne provient pas du fait d’avoir tout ce que l’argent peut offrir, mais est lié à la sobriété, à la simplicité.

Authentique : la personne doit se refléter dans la manière de se vêtir. Il faut pouvoir être soi-même, paraître ce qu’on est. Il y a donc une cohérence à avoir, un choix de vêtement à faire en fonction de ses propres principes.

Actuelle : il faut savoir choisir et savoir laisser aussi. Certes, il faut être en accord avec les tendances de la mode, mais il faut savoir aussi faire sa propre mode. Certaines tenues dites classiques ne se démodent pas et, de ce fait, peuvent être longtemps portées.

CONCLUSION

La mode, nous la subissons (en tant que consommateurs) certes, mais en même temps nous la faisons (en tant que facteurs d’influence)

La mode, nous la subissons (en tant que consommateurs) certes, mais en même temps nous la faisons (en tant que facteurs d’influence). Il nous est donc possible de la transformer. Et pour cela, il faut avoir des convictions personnelles et adopter certaines attitudes.

Les convictions que nous devons avoir sont les suivantes :

Du fait d’être des personnes, créées à l’image et à la ressemblance de Dieu, nous avons une grande dignité et une intimité.

Dans l’intimité, qui est le noyau de notre personnalité, il y a une partie qui concerne le corps, l’intimité corporelle, en relation avec la capacité de transmettre la vie. Et cette intimité corporelle est protégée par la pudeur.

Défendre sa pudeur est un droit et un devoir.

Une mode qui ne protège pas l’intimité a des répercussions négatives, non seulement sur la personne, mais aussi sur la famille et sur la société (ambiance d’érotisme à l’origine d’infidélités, de divorces, etc.)

La mode est attrayante quand elle est liée à la vertu (pudeur, simplicité, sobriété, dignité, etc.). Son attrait ne diminue pas en cachant certaines parties du corps.

La créativité en matière de mode est surtout personnelle : savoir s’approprier la mode pour faire sa propre mode en fonction de ses convictions personnelles et de ce qu’on est personnellement.

De ces convictions découlent des attitudes à adopter :

Cultiver une droite préoccupation de sa propre image, sachant que toute femme influence positivement ou négativement son entourage

Rejeter toute mode qui ne favorise pas la pudeur.

Chercher à être soi-même : cultiver une droite préoccupation de sa propre image, sachant que toute femme influence positivement ou négativement son entourage, en ne se laissant pas vaincre par la peur d’être rejetée si on ne fait pas comme tout le monde. Savoir s’imposer et se faire respecter.

Suivre la mode en toute liberté : il s’agit de garder une certaine distance par rapport à la mode ; de savoir la suivre certes, mais en choisissant ce que l’on veut porter et en le portant aussi longtemps qu’on le désire.

Aider et se laisser aider, conseiller et corriger parfois : une tenue peut être un peu impudique dans certaines positions sans que nous nous en rendions compte.

Au niveau familial, éduquer les enfants dès le bas-âge à la pudeur, au bon goût et à la sobriété.

Au niveau social, donner le bon exemple et réfléchir à des initiatives à mener (dans les journaux et autres médias ; avec les professionnels de la mode, etc.)

Bibliographie :

María Rosa Noda, "Una nueva moda". Promesa, 2004